Primes des agents de l’État : ce que révèle le rapport IGF-IGA 2026
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Primes des agents de l’État : ce que révèle le rapport IGF-IGA 2026
543 primes et indemnités, 19,1 milliards d’euros en 2025 et une part de l’indemnitaire qui atteint désormais 25 % de la rémunération : le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale de l’administration (IGA) dresse le constat d’un système encore complexe, peu lisible et marqué par de fortes disparités.
Publié le 24 juillet 2026, le rapport Primes et indemnités dans la fonction publique de l’État mérite qu’on s’y arrête.
Derrière les chiffres, il pose des questions très concrètes pour les agents : comment est calculée ma prime ? Pourquoi existe-t-il de tels écarts entre administrations ? Combien vais-je réellement gagner si je change de poste ? Et pourquoi la rémunération repose-t-elle de plus en plus sur les primes plutôt que sur le traitement indiciaire ?
👉 Consulter le rapport IGF-IGA « Primes et indemnités dans la fonction publique de l’État »
Les primes prennent de plus en plus de place
Le constat est parlant : les primes et indemnités représentent désormais un quart de la rémunération des agents de l’État.
Le rapport recense 543 primes et indemnités actives en 2025, pour un montant total de 19,1 milliards d’euros.
Le RIFSEEP, créé en 2014, devait simplifier progressivement ce paysage indemnitaire autour principalement de l’IFSE, liée aux fonctions, aux sujétions et à l’expertise, et du CIA, lié à l’engagement professionnel et à la manière de servir.
👉 Décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 relatif au RIFSEEP
Plus de dix ans après, l’IGF et l’IGA constatent pourtant que les objectifs de simplification, de transparence et de lisibilité n’ont été que partiellement atteints.
Même service, fonctions comparables… mais pas toujours les mêmes primes
C’est une question particulièrement sensible dans les services déconcentrés et interministériels.
Des agents issus de ministères ou de corps différents peuvent travailler dans une même direction, parfois exercer des fonctions proches ou comparables, tout en relevant de régimes indemnitaires différents.
Et le problème n’est pas nouveau.
En 2014, l’État avait créé une indemnité différentielle temporaire pour certains fonctionnaires affectés dans les directions départementales interministérielles (DDI) afin de traiter certains écarts indemnitaires.
👉 Décret n° 2014-1527 du 16 décembre 2014 relatif à l’indemnité différentielle temporaire en DDI
👉 Arrêté du 16 décembre 2014 précisant les corps, montants de référence et primes concernés
Ce dispositif était temporaire. Mais son existence montre bien que les différences indemnitaires entre agents issus de ministères différents et travaillant au sein des mêmes services sont une question ancienne.
Aujourd’hui encore, le sujet se pose dans les organisations interministérielles et à l’occasion des mobilités.
Pour les agents des préfectures et SGCD, DDETS, DREETS, juridictions administratives, services de la Justice ou ARS, il devrait être possible de connaître précisément sa future rémunération avant d’accepter un poste.
Quelle sera mon IFSE ? Dans quel groupe de fonctions le poste est-il classé ? Quelles primes vais-je conserver ou perdre ? Quelle sera finalement ma rémunération ?
Une mobilité ne devrait pas se transformer en mauvaise surprise sur la fiche de paie.
Vers des stratégies indemnitaires interministérielles ?
Face à cette complexité, l’IGF et l’IGA proposent notamment de construire de véritables stratégies indemnitaires interministérielles et ministérielles.
C’est un point qui mérite d’être suivi.
Rendre les régimes indemnitaires plus simples et plus transparents est nécessaire. Mais la simplification ne doit pas conduire à niveler les rémunérations vers le bas ou à remettre en cause des droits existants.
À fonctions, responsabilités et sujétions comparables, les écarts de rémunération doivent pouvoir être compris et objectivement expliqués.
Les contractuels aussi concernés
Le rapport s’intéresse également aux contractuels, dont la place dans les effectifs de l’État a fortement progressé.
Les inspections proposent que les stratégies indemnitaires des ministères précisent davantage les règles qui leur sont applicables, notamment en tenant compte des difficultés de recrutement et de la réalité du marché de l’emploi dans certains secteurs.
Là encore, il faudra être vigilant.
Répondre aux difficultés de recrutement est nécessaire. Mais cela ne doit pas aboutir à rendre les rémunérations encore moins lisibles au sein d’une même équipe ou d’un même service.
Télétravail et forfait mobilités durables : des propositions à surveiller
Partager certains constats du rapport ne signifie pas approuver toutes ses propositions.
L’IGF et l’IGA proposent notamment de revoir plusieurs dispositifs, parmi lesquels l’allocation forfaitaire de télétravail et le forfait mobilités durables.
👉 Décret n° 2021-1123 du 26 août 2021 relatif à l’allocation forfaitaire de télétravail
👉 Décret n° 2020-543 du 9 mai 2020 relatif au forfait mobilités durables dans la fonction publique de l’État
Pour la CFDT, rationaliser les primes ne doit pas devenir un moyen de réaliser des économies sur le dos des agents.
Le vrai sujet reste le traitement indiciaire
C’est pour nous le point essentiel.
Les primes ont leur utilité. Elles peuvent reconnaître des responsabilités, une expertise, des fonctions particulières ou des sujétions.
Mais elles ne peuvent pas remplacer une véritable politique salariale.
Lorsque l’indemnitaire représente désormais 25 % de la rémunération des agents de l’État, il faut aussi s’interroger sur la place laissée au traitement indiciaire.
Pour la CFDT Interco Haute-Garonne Ariège, la priorité doit être la revalorisation de la valeur du point d’indice et des grilles indiciaires.
Pourquoi ?
Parce que, pour un fonctionnaire, le traitement indiciaire joue un rôle déterminant dans le calcul de la pension de retraite.
Le Code des pensions prévoit que la pension est calculée à partir du traitement soumis à retenue correspondant à l’emploi, au grade, à la classe et à l’échelon effectivement détenus dans les conditions prévues par la loi.
👉 Article L.15 du Code des pensions civiles et militaires de retraite
Les primes ne sont pas intégrées de la même manière dans cette pension. Elles permettent notamment d’acquérir des droits dans le cadre de la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), dont l’assiette est plafonnée.
👉 Décret n° 2004-569 du 18 juin 2004 relatif à la RAFP
C’est une différence essentielle.
Une augmentation du traitement indiciaire et une augmentation équivalente versée uniquement sous forme de prime n’ont pas les mêmes conséquences pour la retraite d’un fonctionnaire.
Faire progresser l’indemnitaire tout en laissant décrocher les grilles et la valeur du point d’indice n’est donc pas neutre pour l’avenir des agents.
Ce que nous défendons
Pour la CFDT Interco Haute-Garonne Ariège, le rapport IGF-IGA doit être l’occasion de remettre sur la table la question de la rémunération des agents de l’État.
Nous demandons des régimes indemnitaires transparents, des critères compréhensibles, une information complète sur la rémunération avant toute mobilité et un travail sur les écarts difficilement compréhensibles entre agents exerçant des fonctions comparables.
Mais nous défendons surtout une véritable politique salariale fondée sur la revalorisation des grilles indiciaires et de la valeur du point d’indice.
Parce que le traitement indiciaire construit aussi les droits à retraite.
Les primes doivent reconnaître et compléter la rémunération.
Elles ne doivent pas devenir le moyen de contourner durablement la nécessaire revalorisation du traitement indiciaire.
Simplifier les primes, oui. Les rendre plus transparentes et plus équitables, oui. Faire payer cette simplification aux agents, non.




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